Le porno esthétique d'Agathe Deburetel


 

 

 

 

 

- Hello Agathe, tu te présentes en quelques lignes pour Oxence ?

Je m'appelle Agathe Deburetel, j'ai 22ans, je finis actuellement une formation de comédienne. Après avoir habité près de quatre ans en Italie, j'ai commencé des études littéraires à Paris, que j'ai vite arrêtées pour me lancer dans le théâtre et le dessin. Je montre mon travail depuis environ un an sur Instagram, principalement mes dessins et découpages érotiques. Après quelques petites expositions collectives (principalement pour des événements la nuit, organisés par un collectif que j’avais monté avec deux amies, mais qui n’existe plus), j’ai eu la chance de faire une exposition solo au Petite Amour à Paris en octobre pendant deux semaines, et de faire le vernissage, juste en face, dans le Hangar du Grand Amour.

 

- On te voit de plus en plus présente sur Instagram et sur la toile pour tes illustrations. Comment tout ça a commencé pour toi ?

Je n’ai pas de formation d’illustratrice, mais j’ai toujours dessiné, dans mon coin, pour garder une trace des images persistantes. Il y a un peu plus d’un an j’ai montré quelques découpages érotiques sur Instagram. C’est une série que je continue encore aujourd’hui, qui est inspirée principalement de films pornographiques et érotiques, et où je découpe mon dessin au scalpel puis le place devant une feuille noire (ou plus rarement de couleurs), ce qui donne l’illusion d’un dessin à l’encre de chine. J’ai eu des retours encourageants de mon entourage, et cela m’a un peu libérée, et je me suis dit que je pouvais finalement partager un peu plus ce que je faisais. Petit à petit, par la magie d’internet qui m’échappe totalement je dois dire, d’autres personnes ont commencés à me suivre, j’ai pu vendre quelques dessins, et j’ai été boostée pour montrer et créer encore plus. Je trouve ça vraiment génial de pouvoir avoir des réponses et des retours aussi rapides et directs avec des gens que je ne connais pas.

 

Fleur et Angèle qui dirigent le Petite Amour (un bar génial rue de la Fidélité), que je connaissais déjà un peu, m’ont ensuite proposé de faire cette exposition en octobre. Sans trop savoir comment, l’événement Facebook a vraiment bien marché, et nous avons eu pas mal de monde au vernissage, et cela m’a permis de rencontrer pleins de gens, d’avoir des retours sur mon travail... Maintenant j’ai vraiment envie d’aller plus loin, de faire d’autres expositions, de faire des collaborations avec d’autres illustrateurs, ou même des marques... Je suis au tout début, mais c’est très excitant je dois dire !

 


- Tu penses qu'avoir un univers fort, qui s'inspire de ce qu'il y a autour, est important pour le processus créatif ? Où puises-tu l'inspiration ?

Je suis assez certaine de ce qui m’intéresse, ce qui m’attire, et ce que je n’aime pas. Je suis souvent très catégorique quand je suis en face d’une œuvre, je dis rarement que cela m’intéresse à moitié. Dans ma manière de travailler, c’est un peu la même chose, je puise mon inspiration de tout ce qui m’entoure, des gens dans la rue comme d’une exposition que je vois, de livres que je lis comme d’un film porno que je regarde, et j’ai l’habitude de ne pas m’attarder quand cela ne me captive pas. Je suis tellement facilement distraite ou ennuyée... Je fais en sorte d’être toujours totalement dans ce que je fais, et surtout de m’amuser. J’essaye de voir le maximum de choses, et je pense que plus on se nourrit, plus on fait rapidement le tr de ce qui nous intéresse et de ce que l’on rejette. C’est une manière de former son regard,

et cela me semble essentiel, dans l’illustration ou dans toutes autres disciplines d’ailleurs. Ensuite, je me suis créée une grande bibliothèque d’images, de toutes mes inspirations visuelles, que ce soit une capture d’écran d’un film porno ou d’un tableau qui m’a marqué. Je fonctionne un peu par obsession, si l’image persiste et vit en moi, j’essaye d’en faire quelques chose, c’est ma manière de contrer l’ennui et la fainéantise.

- Quel est ton rapport au vêtement ? 

C’est un peu comme ce que je disais avant, je suis assez certaine de ce que j’aime et de ce que je n’aime vraiment pas ! J’ai pas mal de vêtements, et pourtant j’ai un peu le même uniforme tous les jours... J’aimerais bien m’amuser un peu plus avec ce que j’ai et ce qui reste au fond de mon placard, mais je crois que je ne suis pas très douée, et il faut dire aussi que je ne prends pas forcément le temps. J’aime plutôt avoir une belle chemise, un beau blouson, quelques belles pièces, qui vont avec tout et pour toutes les occasions. Je suis assez admirative des femmes qui ont un style très fort et qui l’assume totalement, mais dès que j’essaye de sortir de ce que je porte tous les jours, à tous les coups je suis mal à l’aise et de mauvaise humeur pour la journée. Comme quoi, ce que je porte a un impact sur ma manière d’être... Par contre, un de mes rêves serait de collaborer avec une marque et voir mes illustrations sur des vêtements.

 

- La femme Oxence, esthète moderne, élégante ; qu'est ce que cela t'évoque ?

Rome ! Bon, il faut dire qu’à peu près tout ce que j’aime m’évoque cette ville. Comme je disais précédemment, j’aime les pièces fortes et élégantes, mais simples. C’est ce que je vois dans Oxence, une femme qui regarde la beauté qui l’entoure, notamment la beauté d’un passé qui persiste, et qui s’en inspire. Ça me semble essentiel de vivre dans son temps tout en regardant la beauté autour de nous, sinon c’est un peu triste... Du coup, ça fait écho à ce que je vois de Rome, l’alliance d’un classicisme très élégant et minimaliste, et la volonté d’allier à cela le monde contemporain. C’est un mariage assez casse gueule, mais lorsque c’est réussi, lorsque cette « digestion » de la beauté passée est faite, la libération peut être vraiment sublime. Le fait d’arriver à se libérer du passé sans le rejeter, en gardant ce qui est immuable, c’est peut être ca être moderne, non ?

- Cela te fait penser à une œuvre en particulier ?

Comme ça, sans vraiment de raison précises et en même temps pour une infinité de raisons, je pense à l’œuvre Le Labyrinthe Brisé de Claudio Parmigianni. Je n'en dit pas plus, il faut vraiment voir son travail !

 

- Ton œuvre préférée ? (Théâtre, Cinéma, Peinture, Sculpture, dessin etc... peu importe)

Je vais tricher un peu, parce que je n’arriverais pas à en nommer qu’une ... Dans mes obsessions persistantes et de toujours, les performances de Marina Abramovic, notamment la série Seven Easy pieces, qui m’obsède depuis vraiment longtemps. Elle a une manière de se vouer totalement et tellement directement à son art, c’est à la fois très simple et absolument magnifique. Il y a une vraie mise en danger, je ne peux pas la lâcher du regard parce qu’elle me tient organiquement, et en même temps au sens esthétique pure je trouve ça sublime. Et pour citer un dessinateur, le travail de Sebastien Laudenbach est absolument incroyable. Le travail sur les lignes et l’inachevé me fascine. J’ai eu la chance de travailler quelques semaines avec lui pour les prises de vues de ses dessins pour son film La jeune fille sans mains qui est sorti le 14 décembre au cinéma. C’est absolument magnifique, d’une grande poésie et d’une grande finesse, je conseille à tout le monde de courir le voir. J’aimerais bien en citer plein d’autres mais je vais en rester là du coup!

Merci Agathe pour tes réponses, ton travail et de t’être prêtée au jeu de l’interview ! 

Nous avons fait une sélection subjective et non exhaustive des illustrations d' Agathe qui sont à découvrir sur son compte IG @agathedeburetel  

 

 

 

 

 

 

 


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